UN CONFLIT FONCIER DEGENERE A CHERIF LO : VIOLENTS AFFRONTEMENTS ENTRE GENDARMES ET POPULATIONS

De violents affrontements ont éclaté ce mercredi 12 avril entre les forces de l’ordre et les habitants de la commune de Chérif Lô (Département de Tivaouane) qui, dans une colère noire, s’opposent au morcellement de leurs terres sur ordre de la mairie. Un conflit foncier qui a fini par dégénérer.

PAR CHEIKH CAMARA

Aux grenades lacrymogènes balancées dans tous les sens par des forces de sécurité lourdement armées, pour repousser leurs assauts, les populations de la commune de Chérif Lô, dans le département de Tivaouane, ont riposté par une pluie de jets de pierres jaillissant de partout. au sauve-qui-peut général, avec des course-poursuites par-ci, des femmes portant leur enfant sur le dos qui s’évanouissaient par-là, des bastonnades, des brimades, des pneus brulés ajoutaient un air de désolation avec une épaisse fumée noire recouvrant tout en créant un embouteillage monstre sur la route nationale, entre Thiès-Tivaouane, précisément à l’entrée de Ndiassane Kounta-la-pieuse. Les affrontements qui ont éclaté ce 12 avril entre populations et forces de l’ordre ont été particulièrement violents. Plus d’une cinquantaine d’arrestations parmi les protestataires, principalement des jeunes, gardés à vue dans les locaux de la gendarmerie de Tivaouane. Le triste décor qui a émaillé ces violents affrontements. Les populations de la commune de Chérif Lo manifestent contre le morcellement de leurs terres initié par la municipalité. Des populations déterminées à aller jusqu’au bout de leur logique, s’opposer à cette opération. Elles hurlent leur désespoir, manifestent leur refus d’assister audit morcellement, après un premier lotissement effectué par l’ancien président de la communauté rurale, Jean Pierre Tine.

Selon Ibrahima Sarr Diop, porte-parole des propriétaires terriens, «quand on s’est réveillé le matin, on a trouvé les gendarmes sur le site en question. Après une longue discussion avec eux, nous n’avons pas trouvé un terrain d’entente. C’est ainsi qu’ils ont fait venir un renfort qui, une fois sur place, a pris au dépourvu les populations qu’il a violemment chargées à coups de grenades lacrymogène». Une attitude que les habitants de Chérif Lô ont déploré de la part de «ces forces de l’ordre qui semblent ignorer que nous sommes des responsables de familles, d’honnêtes citoyens qui sont dans leurs droits, et non des voyous. Nous ne serons jamais d’accord qu’elles nous imposent une épreuve de force». En effet, se désole Ibrahima Sarr Diop, «les gendarmes ont violemment tapé sur les gens, et, sous mes propres yeux, un vieux a été méchamment bastonné avant d’être embarqué».

La première tentative du morcellement du terrain en question, ce 3 avril, avait échoué du fait d’une farouche opposition des populations qui, la veille, le 2 avril, avaient même dormi dans ledit site. Boubacar Ndiaye, un autre propriétaire terrien, confie : «on a informé toutes les autorités religieuses, politiques, coutumières qui sont à notre portée, pour les sensibiliser sur l’injustice dont nous sommes l’objet de la part du maire de Cherif Lô, Ousmane Sarr, un analphabète qui ne sait ni lire ni écrire, et qui avait clamé publique qu’il allait, de force ou de gré, procéder à ce morcellement. Aujourd’hui, il semble avoir raison sur nous parce qu’il a usé de la force pour parvenir à ses fins. Un état de fait qui, à nos yeux, reste franchement inquiétant dans un Etat de droit». Et de se demander : «dans quel pays sommes-nous ? Où va le Sénégal ?».

Des populations déterminées à poursuivre le combat

Les habitants de Cherif Lô reprochent aux gendarmes d’avoir été «les premiers à déclencher les hostilités, en usant de gaz lacrymogènes contre nous et nous obligeant à riposter. Nous refusons d’être déshonorés, surtout s’agissant de nos biens». Les affrontements dureront des heures. Les gens respiraient difficilement à cause de l’odeur âcre des grenades lacrymogènes qui ont longtemps tonné pour disperser la foule venue nombreuse, tôt le matin, occuper les lieux pour s’opposer aux opérations de morcellement de leurs terres. Un morcellement effectué sous haute surveillance des gendarmes particulièrement intraitables, lourdement armés, et n’hésitant même pas à s’en prendre aux voyageurs qui venaient aux nouvelles.

En tout état de cause, les habitants de Cherif Lô ne cachent pas leur determination à continuer le combat : «Il y a eu un premier lotissement, le maire a décidé de refaire un autre lotissement sur nos terres mais nous nous y opposerons catégoriquement. Malgré la violence que nous avons subie, nous continuerons de résister. Nous sommes des non-violents, nous sommes contre la violence, cependant nous sommes quand même libres comme tout citoyen sénégalais de défendre nos droits, et nous irons jusqu’au bout. Nous n’avons peur de rien, sinon de violer la loi, que Ousmane Sarr viole actuellement. Parce qu’il n’y a rien de légal dans ce qu’il fait. L’affaire est entre les mains de la justice, il devrait attendre au moins que la justice se prononce. Nous sommes dans un pays de droit qui impose le respect des institutions, ce qui n’est pas le cas dans cette affaire. Un problème est posé, les autorités compétentes doivent réagir pour lui trouver une issue heureuse», estiment nos interlocuteurs.

 

 

La commune de Chérif Lô vers un 3 avril de tous les dangers

La lancinante question du foncier refait surface cette fois-ci, dans la commune de Chérif Lô, département de Tivaouane. Les populations de Ndité, Mbodjène ,Ndia, Ndiandakhoum, Mbampana, Keur Yoro et Keur Matar sont très amères contre leur maire, Ousmane Sarr et le sous-préfet de Pambal, Ibrahima Baïla Ba.

Selon El Hadji Bassirou Diakhaté, frère du chef de village de Ndiakhaté Amar, l’autorité administrative a convoqué leurs notables il y a quelques jours pour leur signifier sur un ton menaçant, qu’il va conduire contre vents et marées le lotissement initié par le maire de Chérif Lô, Ousmane Sarr. «  Il a alors fixé le démarrage au 3 avril prochain »  a-t-il précisé.

Or, ce lotissement de 4600 parcelles annoncées est prévu sur des terres arables où l’écrasante majorité des populations de ces villages cultive pour nourrir leurs familles. «  En sabordant notre source de vie, le sous-préfet et le maire veulent attenter à nos vies en servant d’autres intérêts. C’est pourquoi nous disons clairement qu’ils marcheront sur nos cadavres avant de nous spolier nos terres » a-t-il lancé devant une foule excitée.

Pour El Hadji Bassirou Diakhaté, ce rassemblement est un message lancé au chef de l’Etat, Macky Sall, pour lui signifier que c’est sous le magistère d’Abdoulaye Wade que 7000 hectares ont été amputés de l’ex-communauté rurale de Chérif Lô dans le cadre de l’extension de la ville de Tivaouane avec des conséquences fâcheuses pour les paysans. «  Cette fois-ci, nous ne serons pas pris de court car nous ferons face à ces deux autorités qui veulent nous priver de nos champs » a-t-il martelé.

 

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