En se fondant sur le GII (General Index Innovation) de septembre 2015, le Sénégal totalise 31 points se classant comme premier en Afrique Sub-Saharienne et au 84ème rang mondial.

Le Sénégal a ainsi gagné des places dans le classement des pays les plus innovants au monde ce qui peut rassurer sur la trajectoire prise par son économie.

Cette performance montre que l’action du Président Macky Sall à la tête de l’Etat et la mise en œuvre du Plan Sénégal Emergent (PSE), commencent à donner des résultats satisfaisants dans plusieurs domaines en particulier dans les secteurs des STI (Sciences, Techniques et Innovation).

C’est ainsi que dans la constitution du nouveau gouvernement, le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche s’est vu renforcé par l’innovation dont l’importance comme stimulateur de développement n’est plus à démontrer.

De ce fait le domaine de la « recherche et développement » R&D et de son financement devraient faire l’objet d’une implication accrue de l’Etat conformément à la décision présidentielle N°8 qui recommande de donner un nouvel élan à recherche.

Par ailleurs, selon l’African Capacity Report 2017, publié par The African Capacity Building Foundation, une organisation continentale fondée par les gouvernements africains et les partenaires de développement, le Maroc est classé premier selon un indice appelé African Capacity Index.

Par conséquent si le Maroc rejoint la CEDEAO, ses échanges dans les domaines de l’innovation, de la recherche et des technologies avec les pays de l’Afrique de l’Ouest pourront être renforcés. Le Sénégal et le Maroc, qui entretiennent une riche et profonde coopération économique, culturelle et religieuse, ont des projets similaires.

Dans ce sens, nous pouvons prendre l’exemple de l’atelier sur la formulation de la Politique Nationale de STI organisé par l’UNESCO à Dakar le 16 février 2016, qui recommande de mettre l’accent sur les infrastructures de recherche et d’innovation par :

– l’alignement des objectifs et stratégies des centres de recherche par rapport à ceux des politiques STI du Sénégal ;

– l’incorporation d’équipements scientifiques et l’augmentation de la capacitation technique du personnel ainsi que les systèmes de gestion de la qualité ; – la création de réseaux de laboratoires actifs dans filières coïncidentes ;

– la Création d’infrastructures près des universités offrant des services pour la création d’entreprises avec objectifs bien ciblés.

 

                                                                  La« Citée du savoir » à Diamniadio

Par rapport à ces recommandations, le Sénégal est entrain de mettre en place la « Cité du savoir » à Djamniadio tandis que le Maroc a mis en place des « Cités de l’Innovation » dans certaines de ses villes telles que Fès. La particularité de ces cités est d’être adossées aux universités et d’offrir un cadre propice à la créativité.

La Cité de l’innovation (CI) de Fès est pionnière, au niveau national, en matière de recherches et dans son rôle majeur, qui est l’accompagnement des laboratoires de recherche des universités de la région dans la réalisation de leurs travaux. Pour atteindre ses objectifs, la Cité de l’innovation a mis en place un plateau technique de renom au niveau national s’appuyant sur des équipements lourds, très coûteux, que les laboratoires des universités ne peuvent acquérir. De plus, pour que ces équipements restent fonctionnels, l’Université Sidi Mohammed Ben Abdellah de Fès a recruté des ingénieurs responsables de ces machines, elle a aussi conclu des contrats de maintenance avec les fournisseurs de ces machines. Ce plateau technique sert aussi à accompagner les entreprises dans la réalisation des analyses concernant leurs produits et recherches.

Pour promouvoir la science, la technologie et l’innovation au Sénégal, le président de la République Macky Sall a intitié la « Cité du savoir » de Djamniadio qui est en construction. Cette cité aura comme vocation la formation, la recherche, l’innovation, la création d’entreprise et la promotion de la culture scientifique. C’est dans cette optique que le gouvernement a conçu un ambitieux programme pour promouvoir ces disciplines et susciter des vocations dans un contexte de dépeuplement des filières scientifiques. En effet, ce sont des disciplines qui sont plus susceptibles d’accélérer le développement socio-économique d’un pays et de tirer sa croissance. Le chef de l’Etat a ainsi fait savoir que « Cette Cité du savoir sera le noyau de l’émergence scientifique et technique du Sénégal ». Il a aussi annoncé l’érection d’un centre microscopique. La cité du savoir disposera de plusieurs espaces parmi lesquels :

– un espace Recherche, Innovation et Transfert de technologie, avec la construction et l’équipement de la Direction générale de la Recherche, du Centre national de Recherche scientifique composé de laboratoires mutualisés de pointe et du Centre national de Documentation scientifique et technologique, de l’Agence nationale de la Recherche scientifique appliquée, d’incubateurs, de mini-parcs scientifiques ;

– un espace Culture scientifique et technique avec un planétarium, un arboretum, une bibliothèque et une médiathèque publique ;

– Une plateforme de génétique moléculaire. Par ailleurs, il existe actuellement plusieurs domaines dans lesquels le Sénégal et le Maroc collaborent d’une manière formelle ou non. C’est ainsi qu’à l’occasion de la visite du Roi du Maroc au Sénégal, le Groupe d’impulsion économique maroco-sénégalais a été lancé le lundi 25 mai 2017. Ce groupe réunit les patronats des deux pays et il vise à accroitre les liens d’affaires.

Par ailleurs, une quinzaine de conventions d’ordre économique ont été signées dans l’agro-alimentaire, les énergies vertes, l’immobilier ou la finance. Parmi celles-ci nous pouvons citer :

– la convention de partenariat pour le développement de l’Energie solaire, entre l’Agence nationale pour les énergies renouvelables du Sénégal (ANER), et le Moroccan Agency For Solar Energy (MASEN). Elle porte sur la mise en place des projets de partenariat visant le développement de l’énergie solaire au Sénégal, à travers notamment le renforcement du cadre institutionnel propre au développement de l’énergie solaire, le développement de méthodes et outils pour la prospection et la qualification de sites appropriés et le déploiement de sujets transversaux “Développement industriel et Veille technologique”.

– le protocole d’accord de coopération stratégique pour le développement de projets d’énergie renouvelables intégrés dans le programme de la “Grande muraille verte” entre Green of Africa et le Fonds souverain d’investissement stratégique (FONSIS SA) sénégalais. Le protocole signé par le

FONSIS, et la communauté des membres de l’Alliance Green of Africa, a pour objet de formaliser l’intention des parties de coopérer de façon durable afin d’étudier les opportunités conjointes de développement, de réalisation et de financement de projets d’énergie renouvelable dans le cadre de l’initiative du programme de la Grande Muraille Verte.

– le protocole de coopération relatif à l’échange de bourses d’études et de stages au profit des étudiants et cadres marocains et sénégalais. Le protocole paraphé par la Direction générale de l’Enseignement supérieur du Sénégal et l’Agence marocaine de coopération internationale vise à promouvoir davantage la coopération dans les domaines culturels, scientifiques, techniques et socio- économiques, ainsi que dans des secteurs d’intérêt commun.

– le protocole d’accord entre Casablanca Finance City Authority (CFCA) et l’Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux du Sénégal (APIX). Il vise à renforcer la coopération entre les deux institutions notamment dans les domaines de la promotion des opportunités d’investissement au Sénégal par CFCA, l’accompagnement des entreprises provenant de l’écosystème CFC dans leurs projets d’investissement et la facilitation de leur implantation et le développement de leurs activités au Sénégal. Ces accords viennent s’ajouter aux autres qui existaient déjà en particulier la coopération dans le domaine de la santé entre le Maroc et le Sénégal dont les « premières journées sénégalo – marocaines de médecine générale pratique » ont été tenues à Dakar au mois de février 2017. Par ailleurs des conventions antérieures avaient été signées. Parmi celles-ci nous pouvons citer:

– 26 mai 2001. Signature à Dakar d’un protocole d’intention entre l’Office national de l’électricité et la société nationale d’électricité du Sénégal portant sur l’installation par l’office marocain d’une usine de production d’électricité à Dakar.

– 13 septembre 2001. Signature à Rabat d’un accord de coopération entre le Maroc et le Sénégal sur l’échange d’informations, de statistiques et de données dans le domaine économique.

– 7 novembre 2001. Signature à Marrakech d’une convention de coopération en matière d’électrification rurale et des énergies renouvelables entre le centre de développement des énergies renouvelables (CDER) et l’agence sénégalaise de l’électrification rurale (ASER).

– 1er février 2007. Signature à Dakar, d’un accord entre L’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) et l’Office national de la formation professionnelle (ONFP) du Sénégal prévoyant plusieurs axes de coopération entre les deux établissements publics.

– 23 avril 2007. Signature à Rabat, d’un protocole d’accord en matière d’agriculture et de développement rural.

– 31 mai 2008. Signature à Dakar, d’un contrat de concession d’électrification rurale de 25 ans au Sénégal entre L’Office national de l’électricité (ONE) et l’agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER).

                                                                      Fouetter la créativité

Pour favoriser la créativité, les bases de la collaboration entre l’OAPI (Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle) et l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC) ont été établies suivant une feuille de route autour de thématiques comme l’innovation, l’état de la technique, les infrastructures, les questions d’actualités (savoirs traditionnels, ressources génétiques, etc.). Des réflexions sont menées au niveau de l’OMPIC en vue de définir une position commune, les échanges sur les activités conjointes menées avec d’autres partenaires comme l’OMPI, l’OEB et l’INPI-France. Dans ce sens, il est prévu l’envoi de missions de l’OAPI afin de s’inspirer de l’expérience de l’OMPIC dans son système d’opposition générant automatiquement les décisions d’opposition et celui de gestion automatisée des taxes.

Des initiatives telles que l’organisation du Prix de l’innovation pour l’Afrique sont à encourager. En effet, ces types de concours, organisés soit au niveau national ou international, permettent aux innovateurs de s’illustrer par des solutions exceptionnelles pour divers problèmes dans les secteurs de l’agriculture, de la santé, de l’énergie, des communications, des services ainsi que de la surveillance par le biais des drones. C’est ainsi que la sixième édition de 2017 du Prix de l’innovation pour l’Afrique a reçu un nombre record de candidatures de plus de 2 530 innovateurs originaires de 48 pays d’Afrique.

Il serait souhaitable de formaliser les relations qui existent entre des laboratoires de recherche des deux pays par la signature d’une convention de partenariat entre le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation du Sénégal et Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique du Maroc.

Cette convention pourrait porter entre autres sur le développement d’une coopération entre les institutions d’enseignement supérieur et de recherche des pays, à travers le développement de mobilité des enseignants, des chercheurs et des étudiants à travers l’organisation de programmes d’échanges d’enseignants, de chercheurs et d’étudiants.

Ainsi des institutions d’enseignement supérieur et de recherche des deux pays pourront signer des protocoles d’accord permettant de collaborer sur plusieurs aspects dont l’élaboration et la mise en œuvre de programmes de recherche portant sur des questions d’intérêt commun et le développement de la formation à distance. Des séminaires, colloques et conférences regroupant les enseignants et les chercheurs des parties signataires pourront aussi être organisés.

De plus, des bourses d’études pourront être octroyées aux étudiants ressortissant des deux pays à l’instar du quota de 150 bourses offertes par le gouvernement marocain aux bacheliers sénégalais ayant une mention assez bien ou plus.

Pr Salif Gaye et Dr Joseph Saturnin Diémé

 

 

 

 

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